Cette semaine l’actualitĂ© a remis en avant la “Zoom fatigue” avec la diffusion de l’article du 23 fĂ©vrier 2021 des chercheurs de Stanford qui ont examinĂ© ce qu’un enchaĂźnement excessif de rĂ©unions virtuelles (que cela soit sur Zoom, Microsoft Teams, Google Meet, Jitsi, Skype …. ) pouvait provoquer sur le plan psychique. 

Cet article complĂšte celui de septembre 2020 des chercheurs par des chercheurs en GRH de l’Institut pour l’emploi et l’employabilitĂ© (IBE) de Ludwigshafen, montrant que 60 % des salariĂ©s ont dĂ©jĂ  ressenti une profonde lassitude face Ă  la perspective d’assister Ă  des rĂ©unions virtuelles, et 15 % en “souffrent de façon permanente”.

Les 5 raisons pour lesquelles la vidéoconférence nous fatigue si vite :

1- Les signaux de communication non verbaux sont plus difficiles Ă  reconnaĂźtre. Selon l’angle de la camĂ©ra, il peut ĂȘtre difficile de dĂ©celer le regard de l’autre personne. Et lors de rĂ©unions avec de nombreux participants, il est difficile de percevoir les rĂ©actions de chacun aux conversations. Notre cerveau cherche alors Ă  complĂ©ter de façon inconsciente les informations manquantes de maniĂšre constante, alors que dans une rĂ©union “en prĂ©sentiel” le langage non verbal (attitudes, gestes, mouvements) complĂšte un discours pour rendre son message plus clair.

2- L’effet “Miroir” crĂ©e du stress : un accroissement de l’attention portĂ©e Ă  soi (et gĂ©nĂ©ralement un jugement associĂ©) dĂ©tourne l’attention qui devrait ĂȘtre centrĂ©e sur le contenu de la confĂ©rence. “Se voir ainsi constamment dans un miroir a des consĂ©quences Ă©motionnelles nĂ©gatives : en regardant frĂ©quemment votre image en temps rĂ©el, vous vous auto-Ă©valuez, avec bien souvent un jugement critique sur votre apparence” (Etude Standford, Jeremy Bailenson).

3- L’inconfort de la rĂ©union : les perturbations techniques rendent pĂ©nibles le dĂ©roulement des conversations, mĂȘme un retard d’une seconde provoque un effort supplĂ©mentaire pour le cerveau. De plus, ces visios impliquent de ne pas trop bouger devant son Ă©cran, de rester assis (pas toujours confortablement) pour ĂȘtre dans le cadre et rester les yeux rivĂ©s sur un Ă©cran pendant une longue pĂ©riode.

4 – Le contact visuel : les participants Ă  la rĂ©union tentent consciemment ou inconsciemment de compenser au niveau du langage non verbal tout en crĂ©ant un bon niveau interpersonnel, ce qui gĂ©nĂšre un travail mental Ă©puisant. “La quantitĂ© de contacts visuels que nous Ă©tablissons lors des rĂ©unions vidĂ©o, ainsi que la taille des visages sur les Ă©crans, ne sont pas naturels. Lors d’une rĂ©union classique, les participants regardent l’animateur, mais prennent aussi des notes, ou regardent ailleurs. Mais pendant une visioconfĂ©rence, tout le monde regarde tout le monde, tout le temps” (Ă©tude Stanford).

5 – Le multitĂąche : dans une “vraie” rĂ©union en face Ă  face, il n’est pas possible de lire ses e-mails, vĂ©rifier les rendez-vous et envoyer des messages (ou presque …). Assis derriĂšre son ordinateur, cela ne se remarque moins et la consultation d’autres applications fatigue et nuit Ă  la qualitĂ© du travail.

Les 5 conseils pratiques pour limiter la “Zoom fatigue”

1- Limiter le nombre de rĂ©unions et leur durĂ©e : avant de faire une rĂ©union en ligne, considĂ©rez tous les outils de communication dont disposent votre organisation (courriels, confĂ©rences tĂ©lĂ©phoniques, rapports, feuilles de calcul, PowerPoints, …). Tout ne mĂ©rite pas une rencontre et tous les participants ne sont pas obligatoires certains sont “facultatifs”, il est tentant en distanciel de mettre plus de participants qu’en prĂ©sentiel et pour les participants il est plus difficile d’esquiver une rĂ©union “non essentielle”. La durĂ©e idĂ©ale est de 45 minutes conclue par un tour de table afin de nourrir l’interaction avec des pauses de 10 minutes entre chaque rĂ©union. Il est par ailleurs frappant de constater que les rĂ©unions “zoom” respectent beaucoup moins les principes d’une bonne rĂ©union que les rĂ©unions en prĂ©sentiel : dĂ©finition d’un ordre du jour au prĂ©alable avec un timing, participants connaissant leur rĂŽle dans la rĂ©union,….

2- Ne pas faire du multi tĂąche : c’est le point le plus facile sur lequel agir. Si vous ĂȘtes dans la rĂ©union, c’est qu’elle est importante et que vous ĂȘtes essentiels (conseil n°1) donc prĂ©servez-vous et soyez Ă  ce que vous faites c’est moins fatiguant, favorise la concentration et diminue la gymnastique intellectuelle donc la fatigue mentale. ce qui implique de couper aussi les chats, slacks, ….

3- Faire des confĂ©rences audio : toutes les rĂ©unions ne nĂ©cessitent pas un temps de face-Ă -face – passez Ă  l’appel tĂ©lĂ©phonique. Les appels tĂ©lĂ©phoniques peuvent ĂȘtre pris de n’importe oĂč, ce qui offre beaucoup plus de confort, sans besoin de s’habiller, coiffer, maquiller ou arranger son domicile.

4- S’Ă©tirer/Se dĂ©placer : entre deux rĂ©unions levez vous, Ă©tirez les ischio-jambiers ainsi que les flĂ©chisseurs des hanches. Et mĂȘme pendant la rĂ©union, car d’aprĂšs Jeremy Bailenson, « il y a une recherche croissante maintenant qui dit que lorsque les gens bougent, ils fonctionnent mieux sur le plan cognitif » : prenez de la distance avec votre camĂ©ra en Ă©largissant la focale, et marchez, ce qui rappellera Ă  certains un courant philosophique fort ancien.

5- Masquer la camĂ©ra : en tant que participant, vous coupez votre retour camĂ©ra et masquez les participants qui n’interviennent pas, ou rĂ©duisez la fenĂȘtre pour minimiser la taille des visages. En tant qu’animateur, vous acceptez Ă©galement que les camĂ©ras ne soient pas ouvertes en permanence, sur tout si c’est une confĂ©rence “passive” comme une formation, ou une rĂ©union d’informations